Cabane d’enfance

Il est des souvenirs qui s’attachent à des lieux, des objets, des détails. Plus qu’à aucun autre endroit, celui de mon grand-père est lié à son jardin et plus particulièrement à la cabane qui lui servait de remise à outils. Elle était adossée à un poulailler fortement grillagé et envahi de grimpantes. Dans un appentis fait de niches particulières logeaient aussi quelques lapins. C’était un homme qui travaillait la terre. Il aimait son contact et les bêtes dont il s’occupait. Évidemment, ce n’était plus sa principale activité à l’époque où, enfant, je traînais dans ses jambes mais, pour moi, il était là, seigneur de son carré de légumes, souverain de ses massifs de fleurs, protecteur de ses volailles. En cela, il était assisté d’un fidèle basset : un teckel abâtardi au nez pointu et aux longues pattes. Il habitait sur les bords de la Loire et cette bicoque était son château.

La dernière fois que je me suis rendu dans cet endroit, c’était il y a tout juste un an, avec mon père. Ce jour là nous avons partagés les souvenirs que ce jardin et cette bicoque nous évoquaient. Malgré le soleil, au milieu des hautes herbes bourdonnantes d’insectes, le charme triste de ce vestige aux planches disjointes a encore opéré. Je l’ai donc encore dessiné. Mais je ne savais pas encore que le souvenir que j’allais fixer n’était pas celui de mon grand-père mais celui de mon père qui, en cette belle journée nostalgique, alors qu’elle touchait à sa fin, s’en est allé abruptement en s’affalant sur la chaussée, sans avoir le temps de digérer tout ce flot de souvenirs.

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